post a comment | posted Jul 23
Ginormous est un nom qui suggère l'immensité, l'énormité, la démesure presque insensible. Un avatar bien paradoxal pour Brian Konietzko, lequel parcourt toute la gamme des émotions humaines. Poussé par l'exemple de son ami Richard Devine, il s'est attelé à la construction d'un objectif musical personnel : trouver un issue salavatrice à l'accumulation de sentiments inexprimables au quotidien. Toutes ces impressions qui jalonnent les jours, les semaines, les mois sans que l'on puisse leur trouver une forme significative dans le langage quotidien. Ce troisième album développe le souffle épique des promenades urbaines nocturnes : de l'errance inquiète à l'observation contemplative. De bout en bout, l'artiste se déleste d'un trop plein sensible. Parce qu'il est conscient de la place de la musique dans sa vie, son travail est emprunt de modestie. Son projet est issu d'une vision aiguë de ce qu'il est et de ce qu'il veut. Il lui fallait donc un label permettant ce type de démarche. Tout naturellement, le choix s'est porté sur Hymen. D'autant que l'orientation électronica/industriel se marie à merveille avec les penchants de son fondateur, Stefan Alt. Les morceaux présentent une cohérence absolue : les rythmiques sont lourdes, basiques, parfois saturées et offrent un contrepoint idéal à la légèreté des mélodies. L'originalité réside d'ailleurs dans l'enchevêtrement des sons générés acoustiquement par la guitare et la basse modifiées ou encore l'intervention d'un piano mécanique. Le dernier morceau est un modèle du genre : « Awakening the magpie in all of us » amplifie à l'extrême la dimension sensible. Il croise souvenirs enfantins et perte de repères, la collision entre puissance urbaine et tendresse individuelle. L'ampleur des compositions s'oppose d'ailleurs à l'économie de moyens. Pour ses deux premiers albums, Brian Konietzko n'avait employé qu'une guitare, une basse, parfois un piano. Avec ce troisième album, il commence à explorer l'usage du synthétiseur tout en se gardant d'en devenir l'esclave. Il en résulte une maîtrise technique et une complexité fabuleuses. Un album construit, maîtrisé, à l'imagination quasi mystique. Indispensable.